Le reportage: Les tribulations d'un French Gooner à Anfield


Je le savais depuis un mois. Oui, depuis un mois je savais que j'allais à Liverpool voir mes canoniers se battre contre un prétendant direct pour la lutte au titre, et ce dans un des stades les plus intimidant qui soit, la légendaire forteresse d'Anfield. C'est par hasard qu'un collègue de ma femme m'avait proposé ce ticket placé idéalement en ligne médiane, et pour un bouchée de pain en terme de prix en Premier League, mais ce ne fût pas par hasard que je lui dis "yes" tout de suite ! Il me les fallait ab-so-lu-ment !

Ma première pensée fût de revêtir le maillot away 89, le fameux jaune et bleu dans lequel Arsenal gagna le titre il y a 18 ans à Anfield. Mais sachant que j'étais dans une tribune "Home", même sous un pull, il ne fallait pas tenter le diable, alors j'ai opté pour le 'neutre'.

Je savais ce qui m'attendait, 5 heures de train en matinée pour y arriver, les trains circulent très mal le dimanche, ils travaillent sur les voies et les réparent à ce qu'il parait. Alors au lieu des 2h30 habituelles, les déviations de cheminement nous obligeaient à les doubler. J'en baille rien que d'y repenser. Et si je me remémore le 'cappuccino' à £1.80 au bar buffet et la tête misérable de l'hôtesse, la ça M'ENERVE d'y repenser.


Le train était bondé... de fans de Liverpool, car c'est avec Man United le club ayant la fanbase la plus grande et ainsi la plus éparpillée dans le pays, et les jours de match à Anfield vous pouvez être certains que la gare de Euston (d'où les trains partent pour le nord du pays) sera rouge de monde.
Arrivé à Liverpool Lime Street (surnommée 'Crime Street' car lieu de beaucoup d'échauffourées), il n'y a pas une minute à perdre, un mini-cab et vite ! 12 minutes de cab à essayer de déchiffrer la langue locale du chauffeur (même en vivant au pays depuis X années, rien ne vous prépare à ça !) et £6.20 plus tard, m'y voilà, et comme Islington en jour de match, les rues sont pleines de petites baraques à frites et burgers,
ça sent bon le hot dog, moins bon la bière à deux sous, et ça chante et ça chante...
Mais je n'ai pas le temps, je suis en mission : celle de rendre hommage aux 96 de Hillsborough et de laisser une carte ainsi que des fleurs au mémorial à l'entrée du stade.
Sous la signature "ArsenalFrance et LiverpoolFrance, ensemble", j'ai rajouté quelques lignes (Français/Anglais) sur l'importance de ne pas les oublier, peu importe la nationalité et le club supporté. You'll Never Walk Alone.


Après ces quelques minutes d'émotion, je me dirige directement vers notre tribune, la 'Centenary stand', c'est que n'étant pas un habitué des lieux, il me fallait trouver mon siège immédiatement sous peine de se gâcher un bel après-midi de football. Et la...le moment tant attendu est arrivé, j' entre dans l'arène, il n'y a encore que peu de monde, et c'est tant mieux car j'aurai tout le temps qu'il me faut pour faire de belles photos ! Un gros ouf de soulagement, je sais où je serai assis, et suis ainsi sûr d'être à l'heure lors du YNWA et de ne rien râter. Du coup, deux jumbo hotdogs, ketchup et moutarde s'il vous plait mademoiselle!
Nous reprenons place à nos sièges : rarement ai-je été aussi bien placé dans un stade ! Ligne médiane, 11è rang, donc un peu en hauteur. La vie est parfois tellement bien faite. Seul hic, j'ai le genou du type derrière sur mon épaule, et le coude de mon voisin dans les côtes. Tiens, ça me rappelle Highbury cette proximité ! Une petite photo sur mon portable à envoyer à Francis, en direct au Rush bar.
Pas de réponse, il doit être trop occupé à faire le malin devant le micro de Canal, c'est certain.
A 5 minutes du coup d'envoi, le fameux YNWA, et tout le monde reprend en choeur... Tout le monde ? Sauf quelques milliers d'empêcheurs de tourner en rond, chantant 'Aaaaarsenal, Aaaaarsenal' en plein milieu du refrain. Les gars, je suis trop fier de vous ! Moi, je suis contraint et forcé de ne pas montrer d'émotion, rien ne doit transpirer, sans quoi, et selon les règles de la Premier League, je serais succeptible de me faire éjecter de la tribune. Alors je me mordrai la langue, ou les lèvres, ou les deux, mais rien de rien ne paraitra !
Place au match, ambiance sympa pour l'instant, pas grand chose ne se passe. 7è minute, coup franc a l'extrémité de la surface d'Almunia ! M*rde, je le sens mal, alors il me faut filmer le coup-franc, pas vraiment pour l'action en elle-même mais pour l'ambiance tribune, quitte à encaisser un but, autant que j'y prenne (un p'tit peu de ) plaisir, nah ?


Bam, KESKIDISAIT LE BENNY ? 1-0, et me voilà au milieu d'une tribune qui chante la gloire
de Liverpool et se moque de leurs invités du jour, que n'aurais-je pas donné pour alors me transformer en Captain Copyright et les fouetter un par un. Quelle insolence de leur part !
(OK, Ronan, ils sont à la maison, ils mènent 1-0 après 7 minutes contre un gros adversaire, c'est quand même normal qu'il chantent et chambrent, non ?)
OUAIH MAIS C'EST PAS JUSTE.
Alors, je prends mon mal en patience, et vois avec délice Hleb et Fabregas tirer les ficelles
du milieu de terrain et petit à petit bien rentrer dans le match. Pendant que mon moral s'améliorait, celui du public local, lui, s'égratinait : des insultes ici et là, tous des 'c*ns',
tous des 'br*nleurs' d'après les avis éclairés de mes petits copains de tribune.
En une demie-heure, les voilà vraiment retournés contre les joueurs d' Arsenal (bon, à part Eboué et son jeu d'acteur de mauvais soft porno, personne ne méritait ça) mais aussi, de façon surprenante, contre leurs propres joueurs ! Hihihi riais-je ainsi sous cape...
Je n'étais pas seul, de la tribune away, un joli 'one nil, and you still can't sing' résonnait en guise de petite provocation, le stade se faisait calme.


Mi-temps 1-0 , tout le monde est content, mes voisins de tribune qui mènent, et moi qui me dit que 1-0 est très surmontable, surtout de la façon dont nous jouons. Quelques sms à Florent et Francis pendant la mi-temps termineront de me rendre confiant et heureux d'être un Gooner aujourd'hui, même si nous venions à perdre. Ca reprend déjà, plus de Torrès, ouf, je le craignais. Mais il est remplacé par le type qui nous avait giflé d'un hat trick la saison dernière, lanky Peter Crouch. Glup...

Le jeu reprend sur le même rythme, les Gunners ont la maitrise, et jouent de leur 'passing game' (jeu à une touche de balle), ça va rentrer.
Me retaper 5 heures de train au retour avec une défaite dans la musette ? C'est pas dans le contrat ! Alors j'attends ce but, et commence à regretter de ne pas avoir amené de parapluie au stade avec moi. Nan nan, il pleut pas aujourd'hui, c'est le type de derrière qui parle sans arrêt, insulte et postillone derrière moi. Shampooing pour moi ce soir en arrivant.
Dernier quart d'heure, toujours 1-0. "OI, Fabregas!!", fais moi plaisir fiston, marque moi-un but que je puisse rentrer tranquille ce soir à Londres' lui crié-je ainsi. "Pas de blème Benny, excuse-moi d'avoir râté d'autres occas !" me répond il avant de mettre du bout de la semelle le but de l'égalisation.
(Des scènes ont dû être ajoutées pour le bien et l'enthousiasme de l'article.)

Ralalala, 80è, but de Fabregas, aie ! Vais devoir me prendre du ketchup pour finir de me manger les lèvres, JE VEUX CRIIIIIIIIIIIIER!!!!
"We've got Fabregas !!,We've got Fabregas !!" chante la foule du côté visiteur, "....." chante le reste du stade.
"Pourvu qu'on tienne" me dis-je alors, "pourvu qu'on tienne" dit le type devant moi à sa femme, la pour une fois on est tous d'accord. On approche de la fin, je prends une photo du tableau d'affichage, et étant debout, je me fais saluer d'un 'F*ck off sit down' bien amical. Je m'en fous, je suis venu, j'ai vu un super match, on n'a pas perdu (ce qui n'était pas gagné aux vues des résultats des championnats précédents) alors rien ni personne n'allait me gâcher la soirée. Pas même la pluie battante qui commença dès le coup de sifflet final.

Zou, faut ressortir à fond les ballons, et trouver un taxi illico, un seul train peut me ramener ce soir à Londres. Une fois dans le train, toujours entouré de fans des reds en majorité, quelques sms ici et là, Francis qui m'appelle pour me raconter la chouette aprè'm d'avec les French Gooners et nos amis de LiverpoolFrance, bref, que-du-bon-heur !
De retour à la maison à minuit et bien crevé, il me restait quand même l'énergie nécessaire pour lire les posts du jour sur le forum, ouf, il me fallait mon fiiiiiiiiiiiix d' ArsenalFrance...Aaaaarrrrgghh (soupirs...) je pouvais alors passer une excellente nuit, pleine de bons souvenirs.

I love you Ars'nal, I do, ooooh Ars'nal I love you !


Un reportage de Ronan
(Benny Hill), vécu in situ le 28 Octobre 2007.

 

Arsenal France, association officielle et reconnue par Arsenal Football Club, créée par et pour les French Gooners